Ils se prennent pour des "grands reporters". Des limiers
hors pair. Sans jamais sortir de chez eux !
Pas question de mouiller leurs plumes dans les courants tumultueux d'affaires louches, pas plus que d'affronter de glauques cerbères. Bien
trop pleutres pour ça !
Affabulateurs, mythomanes, aigris, ils sont la honte d'un prétendu cyber-journalisme d'investigation.
Une imposture qui évite soigneusement d'aller au contact de la réalité. D'ailleurs, si la réalité n'est pas conforme à leurs lubies, c'est la réalité qui se trompe !
Ils n'ont de la gueule que contre les debaters adverses qu'ils insultent avant de les effacer. Grâce à la complicité de modérateurs incapables de modérer
leurs mauvais penchants.
Nos reporters numériques sont d'abord des archivistes compulsifs.
Courageusement planqués derrière un alias ridicule et un ordi saturé de petites fiches, ils prétendent embrasser la complexité de la géopolitique
planétaire. En découvrir les turpitudes que, eux seuls, seraient capables de débusquer. Et révéler les secrets de la marche du monde à leurs
admirateurs éblouis. En général des dévots incultes formant les gros bataillons des suiveurs dociles, des laquais sardoniques et des
cire-bottes empressés.
Ces manipulateurs avérés, souvent formés à l'école du trotszkysme militant, dénoncent les manipulations des autres. Un comble ! Mais comment asseoir
autrement un semblant de légitimité ?
Leurs méthodes de travail sont de l'anti-journalisme à l'état pur. Au lieu d'observer, de décrire, de poser des questions et de révéler éventuellement
des mensonges, des omissions ou des manigances, en présentant des preuves matérielles solides ou au moins des témoignages crédibles, ils font le trajet
exactement inverse.
Comme les charlatans du paranormal, ils partent d'une idée préconçue qu'ils tiennent pour une vérité irréfragable. Puis ils cherchent sur le web (surtout
pas dans la réalité !) tous les sites partisans, fantaisistes ou loufoques truffés de rumeurs, de fakes et de hoax.
Ces filons regorgent de preuves recevables dès lors qu'elles abondent dans leur sens. Au besoin en les triturant. En les malaxant. Et en les
dénaturant.
Cela constitue à la fois l'ossature de leurs soi-disant enquêtes et la validation de leurs élucubrations. Des développements surréalistes
mixant une logique binaire à des démonstrations manichéennes assorties de prétentions extravagantes. Où s'expriment sans retenue leur paranoïa, leurs obsessions et
leur complotisme aigu.
La palme d'or revient à un petit retraité incrusté dans un site emblématique qui essaie de faire croire qu'il aurait accès aux sources les plus secrètes de la DEA,
de la CIA et de la NSA, de la GRU et du FSB, du MI 6, de la DGSE, et du Mossad !
Mais qu'importe ! Leur objectif n'est pas d'informer, encore moins d'expliquer. Mais d'infecter de leur venin méphitique les béotiens et de souiller
de leurs dégueulis putrides ceux qui critiquent leurs "reportages".
Comme ils ne reculent devant rien, ces pitres font même parler les morts ! "Témoignant" d'hostilités imaginaires d'une personne envers une autre pour la
disqualifier, alors qu'elles s'entendaient plutôt bien et se respectaient. Ou prétendant qu'un tel, avant de mourir, aurait "fait des aveux" infirmant les
assertions de tel autre. Sans apporter le moindre commencement de preuve. Mais comment réfuter une accusation d'outre-tombe ?
Parfois, un bienheureux hasard fait qu'ils passent assez près de la réalité. Surtout quand ils extrapolent à partir de spéculations déjà avancées par des
experts.
Mais quand même, comment prendre au sérieux ces oracles ?
Ils jappent tels des roquets lorsque l'on pose la moindre question. Et mordent comme des pitbulls enragés le moindre contradicteur qui se manifeste.
Censurant et injuriant à tours de bras. Avec une agressivité virtuelle directement proportionnelle à leur pusillanimité dans la vraie vie.
Pour l'anecdote, j'ai proposé des visus à certains de ces énergumènes.
Qu'avaient-ils à craindre de moi ? Même si je traîne une réputation de bourlingueur justifiée par une jeunesse turbulente, aujourd'hui je suis un
sexagénaire inoffensif. Pourtant, tous ont eu la trouille de me rencontrer dans la réalité. Moins par peur de se prendre des baffes qu'affolés à l'idée que je
pourrais les observer, analyser leur parler et leur gestuelle, évaluer leur culture sevrée des copier-coller, et dévoiler des éléments significatifs de leur
comportement qui ne seraient pas à leur avantage.
Etre percé à jour doit être leur pire cauchemar.
La comédie, le jeu de rôle, la posture factice qui s'effondrent... Quel drame ! Ce serait la fin de leur vie virtuelle. La seule qui vaille la peine d'être
vécue.
Nul ne doit savoir quels individus médiocres ils sont, confits de frustrations, perclus de refoulements, embaumés dans un mausolée de détestations
rituelles. Trouvant dans une imprécation valorisante et des injures jubilatoires une dérisoire compensation à leur pauvre existence incolore et sans
saveur.
En dépit de la technologie moderne, ces dénonciateurs-calomniateurs en pantoufles relèvent de la typologie intemporelle des corbeaux, des indics de
basse police, des kapos et des auteurs de lettres anonymes.
Les cyber mondes sont des univers imaginaires. C'est la
première chose que l'on devrait avoir à l'esprit avant d'en parler. Ou de s'y exprimer.
Les journalistes citoyens ? Ni journalistes parce que, sauf
exceptions, il n'ont jamais traqué l'info sensible sur le terrain. A leurs risques et périls cela va sans dire.
Indépendamment de la source, et des manipulations éventuelles, la
façon de communiquer fait le message.